mardi 27 septembre 2016

Mesa Verde, Lundi 8 Août

Mesa Verde est un parc qui ne se trouve pas dans l'Utah, et qui ne fait donc par partie des Mighty Five. Il est dans le Colorado, où je souhaitais me rendre en premier lieu. J'avais repéré ce parc pour sa réputation d'endroit absolument unique aux USA. En fait, ce n'est pas un parc au sens où nous, Français, l'entendons. Pour les USA, un Park, c'est plutôt une zone protégée. Ca peut être des forêts, des zones géologiques, des zones volcaniques, des ports, etc. Ceux de l'Utah sont avant tout des parcs géologiques. Mesa Verde est avant tout un parc archéologique.


L'archéologie. C'est une discipline scientifique qui a pour but d'étudier l'Homme depuis la préhistoire, jusqu'à aujourd'hui, grâce au vestiges du passé. Les vestiges peuvent être les os retrouvés, comme pou les dinosaures, mais également les objets, les restes de logements. Tout ce qui, en fait, permet de deviner la façon dont nous vivions à travers les époques. 

A Mesa Verde, il y a les restes d'une ancienne civilisation amérindienne (ici, on dit "natif"). Je tenais donc absolument à voir, ou plutôt à montrer aux enfants, cet endroit. Je souhaite qu'ils apprennent vraiment qu'ici, c'était la terre des Amérindiens. Pas des Européens. Nous nous sommes invités chez eux, et en ce qui concerne les Européens des siècles passés, d'une manière fort peu civilisées, contrairement à ce qu'ils prétendaient être. 

***

Mais. Il y a un mais. J'ai failli dire à François qu'on changeait de programme, et qu'on irait pas. La veille, nous avions fait notre premier parc. Et j'en ai presque pas dormi. Depuis un certain temps, en fait, depuis notre accident de voiture, lorsque je conduis, ou roule un certain nombre d'heures dans la journée, je revois en m'endormant la route qui défile devant mes yeux. Et après quelques minutes, ma voiture a un accident. Ou bien je percute une autre voiture, ou bien je bascule dans un ravin, ou bien n'importe quoi. Pourtant, ce ne sont pas les images de NOTRE accident de voiture. J'en ai eu des flashs longtemps, parfois j'en ai encore. Mais là, ce sont mes vrais souvenirs du jour, qui prennent une tournure qui n'est pas arrivée. C'est très dérangeant, car ça me réveille à chaque fois de mon demi-soleil. Avant de me rendomir, il se passe un long moment... pour que ça reprenne. Je sais que les études scientifiques prouvent que les cauchemars sont une fonction normale du cerveau, pour nous habituer à nos peurs, et qu'à force, nous nous y habituions, et que nos peurs perdent en intensité. Mais normalement, c'est PENDANT le sommeil. Pas dans la phase d'endormissement. 

Ce qui était nouveau pour moi, c'est que ça ne concernait pas la voiture. Mais nous, marchant dans Canyonlands le long d'une falaise, et tombant. C'était terrible. Et quand, aux premières heures du matin, le sommeil a finalement gagné sur le cauchemar, c'est un orage qui a éclaté dans la montagne où nous logions. Le parc de Mesa Verde était situé à 2h30 de notre logement. Ajouté au fait que je savais qu'il y avait des falaises là-bas, j'ai pensé qu'il fallait ne pas y aller. C'était plus sûr pour MOI. Mais je savais que je le regretterai, car 2h30 de route pour un site unique au monde, c'est peu, et je ne savais pas à quel moment nous serions à nouveau dans les parages. Alors j'ai pris sur moi, essayé de ravaler mes angoisses et le matin, nous sommes partis. Bien plus tard que nous pensions car le réveil a sonné avec une heure de retard (heure de Californie. L'Utah a une heure de moins). 


Au début la route est belle, nous sommes toujours dans le Canyon. Les roches sont agréables à observer. Puis, c'est la vallée agricole. Il n'y a que des fermes, ou plutôt des exploitations agricoles. On les repère à leur système d'arrosage très spécifique. Bref, au bout de 30 minutes, la route est ennuyeuse. Arrivés près de Mesa Verde, nous nous arrêtons dans la ville de Cortes pour trouver un supermarché qui nous vendrait ... de la crème solaire! 








Lorsqu'on arrive là-bas, on voit la montagne qui se dresse devant nous. C'est tout plat d'un côté, et une rangée de montagnes de l'autre. Au pied, il y a le visitor centor, où nous nous arrêtons. Avant même l'entrée du parc. Pour avoir préparé le terrain avant, je savais qu'il fallait y acheter les billets des visites guidées par un rangers. J'envoie François faire la queue pendant que je demande les livrets de Junior Rangers. Je demande également au ranger quelle visite il recommande pour une famille avec de jeunes enfants. Il me dit, ce vieux monsieur, "Balcony House! No doubt about it!". Je lui demande si c'est la visite la plus facile, et il me répond, tout joyeux "Non, c'est la plus amusante!". Je transmets donc à François d'acheter 5 billets (4$ pièce) pour la visite de Balcony House. Il nous est alors recommandé d'aller au musée avant, puis d'arriver 30 minutes avant l'horaire. Il n'y avait pas de places avant 14h30. Donc, le programme était fait. Il était 10h30, nous allions faire le musée, puis pique-niquer, puis faire la visite. Attention, il faut au moins 1 heure pour arriver jusqu'au musée. 




Nous avons donc repris la voiture. A un moment, nous avons passé le guichet pour payer l'entrée (notre pass annuel est toujours valable). On monte dans la montage, on passe à travers un tunnel. On arrive en haut, sur le grand plateau. La vue est triste: un feu de forêt a visiblement ravagé la zone. On s'y habitue, car les feux sont très courants aux USA, surtout en Californie. Il n'y a pas un parc, pas une forêt qui n'a sa zone scarifiée par le feu. Nous ne sommes pas encore assez doués pour deviner en quelle année un feu a eu lieu. Mais on voit bien les forêts où la nature reprend ses droits. Parfois l'arbre est noirci, mais les feuilles ont déjà repoussé. Là, visiblement, le feu était récent. Mais l'herbe avait déjà repoussé. Donc, il y a un ou deux ans? 



Nous arrivons au musée. Il est petit, mais le bâtiment a été construit en respectant l'esthétisme des constructions de la civilisation disparue. C'est agréable.  Le musée est petit, donc, mais très rempli en informations, et en artéfacts. Grâce aux livrets à remplir pour les enfants, nous regardons TOUT, et apprenons beaucoup. Des diaporamas ont été réalisés pour montrer l'évolution de la civilisations des Anasazis. Ancêtres des Pueblos, qui vivent désormais un peu plus loin. Ces diaporamas étaient très bien faits, et les textes très explicatifs. 



Au début, les Anasazis vivaient près des zones d'eau, et chassaient. Le bison de l'époque était encore plus grand et plus dangereux qu'aujourd'hui.


Puis, pour se protéger, ils se sont installés dans des recoins de la montagne. Des grottes. Ils restaient pas loin de l'eau, de la chasse. Petit à petit, ils ont construit des maisons. A moitié creusées dans le sol, le toit était constitué, comme on le voit sur la photo ci-dessous, de bois, et de terre. Un trou carré se trouvait sur le dessus, dans lequel on passait une échelle pour entrer ou sortir. 



Puis ils se sont installés en haut, sur le plateau de la montagne. Ils ont commencé l'agriculture, et la construction de barre HLM. Je rigole... juste de mettre en commun les bâtiments, pour plus de sécurité, de facilité, d'économie de matériaux, et pour une meilleure vie en communauté. Au centre, un bâtiment plus grand était construit: la Kiva. Elle servait de salle commune, pour la religion, les rassemblements. Reservée aux hommes. 


Puis ils sont repartis dans la falaise. Je crois, à cause des nombreuses attaques d'autres tribus, qui leur volaient les récoltes. Ils ont reconstruit leurs maisons à l'intérieur de ces grottes, à partir de 1200 environ. De véritables mini-villes, et il y en a une dizaine dans cette zone. C'est ce que nous visitons aujourd'hui. C'est là que s'achève leur civilisation, vers 1300. Ils ont disparu en quelques années seulement. D'après le Ranger: ils ont utilisé tout le bois du plateau au dessus d'eux pour construire leurs maisons/immeubles. Les arbres ici sont très lents à croitre, car la sécheresse en été est rude. Pour donner les premiers fruits, les Juniper Tree ou Pinyon Tree mettent parfois 150 ans. Et les arbres permettaient de retenir l'eau lors des pluies. Lorsqu'il y a eu un été un peu plus sec encore, la sécheresse a cassé les récoltes. Les peuples avaient bien prospéré à la fin du siècle, ces "houses" étaient surpeuplées, ce qui a engendré des conflits sociaux. Alors un manque d'eau et de nourriture fut fatal. Ils se sont certainement disséminés dans les régions alentours. Mais ne sont plus jamais revenus dans leurs grottes. Plusieurs peuples amérindiens ont parmis leurs ancêtres ces Anasazis, dont les Pueblos, les Hopis etc.

On parle aujourd'hui, en écologie, de la gestion des ressources. Tout ce que l'on consomme doit être renouvelé en même quantité. Voici la preuve, avant l'ère du pétrole, que la surconsommation peut mener à la fin d'une civilisation. Ici, l'Européen n'a pas semé la mort, on est aux alentours de 1300, les premiers Espagnols sont arrivés bien plus tard (remplacés après par les anglo-saxons).



Voici une carte des différents sites archéologique de la région. Nous sommes dans le coin, sud ouest du Colorado. Il y a beaucoup d'autres endroits où des vestiges des premiers hommes ont été retrouvés.


Le site de Mesa Verde, ci dessous. En gris les plateaux, en orange, le canyon. Il n'est pas facile d'aller d'une zone du parc à une autre, car nous sommes obligés de repartir à l'endroit où les montagnes se rejoignent. Donc nous n'avons fait qu'une Mesa: Chapin Mesa.


En vrac, des vestiges retrouvés ici. Avec les livrets de Junior Ranger, on doit porter attention à tout pour répondre aux questions. Les objets d'art construits par les Anasazis. Mais aussi la faune et la flore qu'ils côtoyaient. Les cultures qu'ils ont mis en place. Ils élevaient des dindes pour les manger, ou des chiens pour la compagnie.




Intéressante carte ci-dessous. Voici ce que les amérindiens ont transmis au monde: inventions, plantes, légumes... 


Avant, le maïs n'était pas que jaune, ou blanc. Il pouvait être rouge, noir, bleu... On trouve encore du maïs bleu, et beaucoup de chips tortillas bleues (un peu violettes, tout de même) sont en vente. Le goût ne change pas vraiment.



Ils étaient surtout très doués pour tisser des paniers. La finesse de certains paniers était vraiment ahurissante. 

Ci-dessous, un des bâtiments construits ici. Je ne sais pas à quoi servait celui-là (peut-être au archéologues), mais on voit bien les briques, les poutres de bois qui dépassent, ainsi que le style carré. C'est agréable de garder une unité, ça aide à sentir une atmosphère.


Le musée était situé près de Spruce Tree House. Fermée jusqu'à 2019 au moins, les dégâts du temps ont besoin d'être réparés, stabilisés. La plus connue et plus visitée, la plus grande également est Cliff Palace. Mais comme ce n'est pas celle qui nous a été conseillée, nous ne l'avons pas vue. 





Après ce magnifique point de vue, nous sommes allés déjeuner. Les tables étant toutes prises, nous avons mangé assis par terre, sans problème. En râlant tout de même un peu que ces familles de français pour les 3/4, qui avaient fini leurs repas, restaient là à squatter la place. Nous nous sommes habitués aux Américains qui se seraient dit "c'est l'heure de laisser la place". Mais bon, on s'en est vite remis. Sauf mon derrière, à vrai dire. Assis au pied d'un pin.



Nous reprenons la voiture pour aller vers Balcony House. Sur le chemin, François s'est arrêté voir un point de vue. La vue depuis la voiture déjà m'a freinée à aller jeter un oeil. Les photos me suffisent. 




Nous arrivons bien en avance. Le ranger arrive, et papote un peu avec les gens ici. Il avait chaud, le monsieur. Alors que je plaisantais que les uniformes de Ranger soit composé d'un pantalon, et non d'un short, il me dit que le plus gros problème, c'est la matière de la chemise et du pantalon: en lainage et polyester. Une horreur quand il fait chaud. Et il faisait très chaud. Heureusement pour nous, il y avait un peu d'ombre. Et un écureuil pour occuper les enfants.






Il était sympa, le ranger. Il a beaucoup parlé. Et autant que ma mémoire le peut, je vais tenter de tout écrire. Regardez juste les photos si vous êtes pressés les enfants. Mais si dans quelques années, vous avez un exposé à faire sur les amérindiens, vous retrouverez des infos.

En tout premier, il a très lourdement insisté sur la difficulté physique de cette visite. Disant que le matin même, une jeune fille avait tourné de l'oeil. Et c'est très compliqué à gérer. Si nous nous sentons faiblard, mieux vaut rester. Il a aussi insisté sur le fait qu'une fois la visite commencée, il n'y a aucune marche arrière possible. Il faudra aller au bout. Les parents de jeunes enfants doivent s'assurer que les enfants pourront faire le parcours. Là, je commence un peu à avoir peur. Mes enfants, vous faites parfois des coups de calgon, du style "nan je veux pas y aller" "je suis trop fatigué" "j'ai trop peur". Alors, j'espère très fort que tout se passera bien. Puis, il précise bien que la visite se fera en descendant la falaise, puis en montant des échelles, des tunnels. Je continue à ne penser qu'à la force physique qu'il faut. Je regarde: il y a des plus petits, des plus jeunes, des plus vieux, des plus gros, de tout dans l'assemblée. Personne n'a peur, personne ne pense que c'est au dessus de ses forces. Alors moi, femme moyenne, avec mes enfants moyens, ça devrait aller.


Puis il a demandé l'aide d'une jeune fille. Une ado. Elle était comme une ado. Retirant son sourire dès qu'elle sait qu'on la regarde, pour ne pas qu'on voit son appareil dentaire, porté par 98% des adolescents. Elle ricanait, elle était mal à l'aise, mais elle veut garder la tête haute, avec la fierté de ses 15 ans. J'ai trouvé ça cruel que le Ranger lui demande d'être devant tout le monde et réponde à des questions. Mais nous avons vite compris pourquoi.

Première question: quelles sont les choses dont tu as besoin pour vivre? Dont tu ne pourrais te passer sans mourir? Réponse "mon téléphone portable". Puis "nourriture et eau?".
Il lui demande alors: Vois-tu de la nourriture et de l'eau par ici? Où pourrais-tu en trouver?
"Dans une rivière, en bas?"
"C'est très très bas, très difficile pour aller la chercher. Il faut des heures, voir des jours, pour grimper une telle falaise. Et la nourriture?"
"L'écureuil?"
"Bon appétit. Il n'y en a pas beaucoup ici. Il y a cet arbre, là. Juniper Tree. Il donne quelques baies. Mais il lui faut 150 ans pour donner son premier fruit. Et là, un Pinion Tree. Les anasazis mangeaient beaucoup de pinions en hiver. Ta plus grande nourriture, à part la chasse, sera le maïs que tu cultives ici, sur le plateau. C'est pour ça que tu ne vis pas en bas près de l'eau. Et quelle est la dernière chose qu'il te faut pour survivre? Un abris, un logement. Les trois choses fondamentales de l'humain: nourriture, eau, logis. Tu en vois par ici?"
"non"
"Voilà donc un troisième problème à résoudre. Maintenant, descendons voir ce que tu as trouvé pour loger".



Après un escalier à descendre, et quelques minutes de marche le long de la falaise, le Ranger demande à la jeune fille son âge exact.
"15 ans"
"Et dans combien d'années penses-tu être mariée?"
"hum, 10?"
"Si tu étais anasazi, tu serais déjà mariée depuis 2 ans au moins. Bon, il faut qu'on te trouve un mari, maintenant." Il a pris un jeune homme au hasard, de 15 ans également. Ils forment désormais un joli couple d'ados mal à l'aise.
"maintenant jeunes mariés, que vous faut-il après votre mariage? Un petit nid d'amour! une maison. Il va falloir aller la construire. Selon vous, quand arrivera votre premier enfant? Dans l'année. A 13 ans, tu seras une maman"

Ensuite, il s'est tourné vers nous, et nous a dit que c'était la dernière limite pour faire demi-tour. Après, coûte que coûte, il faudra aller au bout.


Alors il faut que je vous dise que j'avais vu quelques photos de cette fameuse échelle sur le site, avant notre venue. Celle là ou celle de Cliff Palace, peu importe. Et comme sur les photos que vous voyez là, il n'y a pas trop de soucis. Monter une échelle sur une hauteur d'environ 4 étages (12 mètres), ça n'a rien d'extra-ordinaire. Oui mais... à gauche, ce qu'on ne voit pas, c'est la falaise. Le ravin. Le précipice. Si on tombe de l'échelle, on ne tombe pas de 12 mètres de haut. La "maison" troglotyte se trouve à 7000 feet de hauteur. Donc, à 2130 mètres d'altitude. Je ne sais pas combien ça fait par rapport au ravin, qui ne se trouve pas au niveau de la mer. Mais, ça fait super méga haut pour une personne qui a le vertige, croyez moi. Aussi, je dois l'avouer, quand j'étais en bas de l'échelle, j'ai paniqué.


Pas du genre à crier, à faire du cinéma pour les gens autour de moi. J'étais très calme. Mais blanche comme un linge. Mon coeur battait trop vite. Mais il fallait encourager le blondinet qui avait un peu peur. La blonde et le brun beaucoup moins. François est monté en premier, pour aider les enfants à sortir de l'échelle. Moi derrière pour les encourager... ou pour gagner quelques secondes encore. Je n'avais qu'une envie, c'était de faire marche arrière. Je savais que je ne pouvais pas monter, car j'étais déjà décomposée. Mes muscles étaient faibles, et ma tête tournait déjà. Alors j'ai voulu montrer aux enfants qu'on doit surmonter sa peur. J'ai suivi les conseils du ranger qui disait de regarder que la roche face à soi. Ni en haut, ni en bas. Ce furent les minutes les plus longues de ma vie. D'ailleurs, ça a duré au moins 1h45. Non? Seulement 1 minute?? 


J'étais bien contente que François soit en haut. Ma plus grosse crainte, c'est ce moment où on sort de l'échelle. Ensuite, il fallait suivre la cadence et passer à travers ce petit passage un peu serré.



Et là, on arrive donc dans le village troglodytique. Ci-dessous, moi post-crise cardiaque. J'étais heureuse d'en avoir fini avec cette horrible échelle. Enfin... jusqu'à ce que je vois la vue depuis ces maisons. Elle ne s'appelle pas balcony house pour rien. C'est vraiment un balcon sur le ravin. Mais comment faisaient-ils pour vivre ici sans accidents?


Le Ranger a repris son petit couple d'ados pour nous expliquer la vie quotidienne ici. Il leur a donc demandé comment ils allaient aller faire leurs besoins, dans cette nouvelle maison.
La réponse était qu'ils faisaient dans une sorte de pot, en fait un panier tissé serré et enduit pour être étanche, et ils remontaient tout ça pour servir d'engrais à leurs cultures de maïs. Oui mais, pour sortir d'ici, ils doivent effectuer la même sortie que nous. Et il s'agit de monter une échelle, et escalader la roche. Avec un pot sur la tête, mieux vaut avoir un très bon sens de l'équilibre. 

Ensuite, il lui a demandé le menu du jour. Il a trouvé les menus de la jeune fille fort variés. A l'époque, c'était maïs tous les jours. Parfois des haricots, et des courges (squash). On ne cherchait pas vraiment à réveiller les papilles, car il n'y avait pas le choix. Mais le maïs, il faut le préparer. Pour cela, il faut le moudre, comme du blé. Ils utilisaient des pierres pour cela. Sauf que la pierre ici, c'est du sandstone. Du sable compacté par les millénaires. Donc, ça se délite, et laisse beaucoup de grains de sable dans la farine de maïs. Ce que les dents n'aiment pas du tout, du tout. A 16 ans, elle aura probablement des rages dentaires. Ils ont réfléchi à arracher la dent, et par quels moyens. Mais, à l'époque, il n'y avait pas d'antibios post-chirurgie. Aussi le plus facile était de laisser la dent pourrie, et de trouver des anti-douleurs. Les anciennes connaissaient les soins par les plantes. Et il y a dans le Colorado un pin nommé Aspen. C'est aussi une station de ski fort célèbre. Mais Aspen a donné son nom à ... l'aspirine! Et l'aspirine soulage encore aujourd'hui des millions de gens. Mais attention, en excès, il cause aussi d'autres dommages.




Nous sommes ensuite passés de l'autre côté. Ici, on vivait en tribu. Chaque famille de la tribu avait son petit coin, sa "maison" de la taille d'un placard américain aujourd'hui. Il y avait 38 pièces. Mais pour se réunir, ils construisaient une Kiva au centre de la grotte, il y en avait même deux. Ces pièces servaient certainement de lieu de culte, et à priori, les femmes n'y avaient pas le droit d'entrer. Mais, c'était une société matriarcale, donc c'étaient les femmes qui étaient au centre de la famille. Le bois utilisé en très grande quantité pour ces Kivas étaient du bois de Juniper tree. Ces pièces étaient construites rondes, avec un toit. Un système de ventilation, des piliers, des coins pour s'asseoir. Il y avait des balcons au premier et deuxième étage de la grotte. Sûrement pour faire sécher de la nourriture, du cuir, ou autre.




Le guide nous a montré aussi, avant de sortir, une source d'eau. Enfin, une source... l'eau qui coule des parois de la roche. Voilà leur seule source d'eau. Pas grand chose, mais si précieux dans cette zone désertique, qu'il fallait la protéger au maximum. Nous sommes entrés par une entrée faite par l'homme moderne. Mais avant, la seule entrée et issue de cette grotte, se faisait par le chemin que nous utilisons pour la sortie. Il y a une faille dans la roche, et ils ont décidé de la murer, et de ne laisser qu'un petit tunnel. Ainsi, ils pouvaient se protéger plus facilement. Et surtout, protéger leur petite source d'eau. 



Le tunnel est si petit que François ne passait pas avec son sac à dos. Raphaël est venu à la rescousse.



Et après, il a fallu remonter ce que nous avions descendu. Et voilà une deuxième échelle. Moins haute, j'avais un peu moins peur... les enfants sont partis devant, sans aucune crainte. J'entend tout de même au loin Raphaël qui dit "ah ça, c'est vraiment pas cool, pas cool". 


L'échelle devient micro escalier dans la roche. Avec comme seul parachute: un grillage à gauche et une chaîne à droite. Rien n'empêche vraiment de tomber. Tout le monde peut passer sous cette chaîne. Heureusement que les enfants étaient déjà en haut quand j'ai vu ça, j'aurais eu deux fois plus peur pour eux que pour moi. A la fin de l'escalier taillé dans la roche, il y avait une dernière échelle. Mon supplice semblait n'en plus finir.



Une fois arrivés en haut, j'étais vraiment soulagée. C'était la période des jeux olympiques, et j'avais l'impression, moi, d'avoir gagné une médaille. 
Alors OK, vous allez me dire "maman, t'es vraiment trouillarde! arrête d'en faire des tonnes". C'est vrai. Mais en grandissant, vous aurez vous aussi des peurs, plus ou moins incontrôlables. Et il faudra peut-être un jour les affronter, et vous rigolerez moins. Surtout, vous verrez peut-être comme le devoir d'un parent peut vous amener à des mini-miracles. 

Mais soyons clairs: la prochaine fois, je n'irai pas! 


Sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés sur le plus haut point du parc pour admirer la vue sur la chaîne de montagne "Rocky mountains" du Colorado.






Puis ce fut le temps de repasser au visitor centor pour faire valider les livrets de Junior Ranger. Un badge de plus!



Et 2h30 de route devant nous encore. La première partie était toujours aussi ennuyeuse. Et la fin, sur le canyon par le soleil couchant était magnifique. Sur le chemin, il y a une "petite" arche.












Il y a aussi beaucoup de voitures à l'abandon. Beaucoup. Mais vraiment, beaucoup. Je suppose qu'il leur semble plus facile de laisser la vieille voiture dans le jardin, plutôt que la mettre à la casse. Mais partout sur le territoire américain que nous avons visité, nous voyons des carcasses de ferrailles.



A peine le temps de dîner qu'il est grand temps de dormir. Les enfants, encore une fois, n'ont pas fait long feu. Et moi, par contre... j'ai encore eu une nuit difficile. Mais ça en vaut la peine.

A suivre...